L’intelligence projective ou le pouvoir de transformation de l’entreprise

L’intelligence collective ou collaborative fait l’objet de nombreuses démarches de la part des entreprises. Il n’en va pas de même pour l’intelligence projective pourtant essentielle au développement du professionnalisme individuel et collectif.

Avec l’arrivée des nouvelles technologies, les questions de collaboration professionnelle n’ont cessé de se poser au sein des entreprises au point de donner naissance à une ingénierie de la coopération. On ne compte plus les « réseaux sociaux », intranet ou extranet, permettant de partager les contributions des acteurs, d’améliorer leur communication et leur coordination.

Cette dynamique de la collaboration a, de surcroît, été soutenue par les sciences cognitives (neuropsychologie, neuroéconomie…) qui ont aidé les entreprises à mieux comprendre les processus de décision individuelle et collective. Bref, l’intelligence collaborative est devenue un thème important pour nombre de professionnels : elle a drainé initiatives et réalisations dans des domaines aussi différents que la psychologie collective et la « Web créativité ». Cependant, malgré cette incontestable dynamique, il semble qu’ait été oubliée une forme d’intelligence indispensable à toute collaboration : l’intelligence projective.

L’intelligence collective et l’intelligence collaborative

L’éthologie contemporaine (science d’étude du comportement des animaux) a montré que de nombreuses sociétés animales faisaient preuve de capacités d’adaptation à l’environnement dépassant largement celles que l’on prête aux individus qui les composent. Ces capacités d’adaptation manifestent une intelligence collective, dépourvue de conscience centrale, qui est le résultat d’un processus d’auto-organisation au cours duquel l’environnement et la société animale considérée se structurent mutuellement. L’intelligence collective, entendue en ce sens, s’observe d’une façon plus générale dans les systèmes biologiques et intéresse au plus haut point les sciences de l’ingénieur qui s’inspirent des principes de fonctionnement collectif de ces systèmes, notamment pour la robotique. L’intelligence collaborative diffère fondamentalement de cette approche : elle suppose l’existence d’une conscience chez les membres de la communauté humaine considérée. La question de la conscience est difficile et les sciences cognitives sont loin d’avoir apporté toutes les réponses en la matière, mais la collaboration entre les hommes, particulièrement dans le domaine professionnel, ne saurait se concevoir sans des sujets conscients d’eux-mêmes. En cela le collaboratif diffère profondément du collectif, tel que nous l’avons évoqué, puisque les processus coopératifs nécessitent les engagements des acteurs et non une auto-organisation sans coordination explicite des actes individuels et sans contrôle centralisé.

Intelligence collaborative et conscience de soi

La coopération possède plusieurs niveaux de profondeur – communication ; coordination ; résolution collective de problèmes –, qui tous supposent l’existence de sujets autonomes et responsables, conscients de leurs engagements et de leurs actes. Une intelligence collaborative se fonde sur des initiatives et des contributions, pensées, réfléchies, dont le croisement et l’exploitation conduisent à des réalisations qu’aucun sujet individuel n’aurait pu mener mais qui demeurent inconcevables sans l’existence de ces sujets. Un des thèmes majeurs des réseaux sociaux est leur pouvoir de faire émerger des propriétés d’organisation, des capacités de réalisation, que l’on ne pourrait jamais observer chez les membres qui les composent. Mais ces propriétés et capacités sont le fruit d’interactions entre des êtres conscients ; interactions suffisamment nombreuses et diverses pour faire émerger des résultats imprévisibles. La version populaire de cette affaire se traduit par l’expression « le tout est plus grand que la somme de ses parties », cependant la totalité dont il est question ne se constitue que par la conscience de chacune de ses parties, à savoir des êtres humains. Or, ce qui manifeste en premier lieu la conscience d’un sujet, ce sont les projets qu’il porte et qu’il défend. Ainsi, une conscience professionnelle se dévoile à travers les projets qu’elle conçoit et construit.

Conscience de soi et pouvoir de projection

Il est très difficile pour un professionnel de participer à un projet s’il n’y trouve pas des motifs d’accomplissement personnel. La collaboration à un projet d’entreprise, dépend du pouvoir de projection des acteurs, de leur capacité à faire valoir le sens de leur contribution eu égard aux objectifs et intérêts communs. Dans cette perspective, faire découvrir aux individus leur pouvoir de projection apparaît essentiel pour établir des relations de collaboration durables et fructueuses. Les sciences cognitives s’intéressent depuis plusieurs années aux mécanismes du cerveau qui interviennent dans les actes de décision, les phénomènes d’empathie, de coopération, mais aussi dans les processus de projection exigeant modélisation et simulation. Sans préjuger des résultats de recherches, on peut avancer des hypothèses de travail sur le rôle et l’importance de l’intelligence projective dans le monde de l’entreprise. Tout d’abord il convient d’admettre qu’un acteur ne dispose d’aucune autonomie, et n’est pas en mesure d’exercer des responsabilités s’il ne sait pas projeter les conséquences de ses engagements et de ses actions. Ensuite, il importe de constater que la capacité de projection des acteurs n’a rien d’une évidence et nécessite un travail de découverte et d’accompagnement, si l’on veut accéder à la compréhension et à l’intelligence d’un pouvoir de projection individuel et collectif. Enfin, il faut admettre la nécessité d’une approche méthodique pour évaluer les limites et l’ampleur d’un pouvoir de projection ; limites et ampleur déterminées par les potentialités des sujets (acteurs autonomes et responsables) et les exigences et contraintes des environnements professionnels

Intelligence projective et environnement socioéconomique

Au sein d’une entreprise le « à quoi je sers » vient toujours s’insérer dans le « à quoi cela sert » qui justifie le développement d’un projet. Pour trouver sa place dans l’entreprise et contribuer à son évolution, le salarié doit appréhender ses possibilités et ses motivations et les confronter à la réalité socioprofessionnelle qui l’entoure. Pour mener à bien des stratégies et des projets, l’entreprise doit tenir compte des compétences et objectifs des acteurs qu’elle sollicite. Dès lors, l’intelligence projective se manifeste par une série de croisements. L’entreprise croise ses orientations et ses objectifs avec les parcours professionnels qu’elle initie et accompagne (bilan de compétences, formation, point carrière, etc.). Le salarié, soutenu dans sa démarche, confronte ses aptitudes, compétences et motivations avec les exigences et contraintes de son domaine d’activité et les modes d’organisation et de management. La direction de projet croise la recherche des synergies entre les métiers et les expertises avec les motivations et engagements des acteurs. Selon une telle approche, l’entreprise se voit transformée par une « dialectique » des projets tant individuels que collectifs.Article JLF DNA

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